Actualités Congrès : Chronobiologie

L'actualité 2019 dans le domaine de la chronobiologie a été présentée au Congrès du Sommeil par le Dr Ulker KILIC-HUCK, médecin au Centre du Sommeil du CHU de Strasbourg. 

L’actualité 2019 dans le domaine de la chronobiologie a été présentée au Congrès du Sommeil par le Dr Ulker KILIC-HUCK, médecin au Centre du Sommeil du CHU de Strasbourg.

Focus vidéo de l’actualité

Actualités en chronobiologie 2019

Deux axes suscitent un intérêt particulier cette année concernant les actualités en chronobiologie.

Le premier axe concerne le rôle des approches chronobiologiques en psychiatrie.

La méta-analyse de P.A. Geoffroy et de l’équipe de Strasbourg soulève ainsi la question de la place de la luminothérapie dans l’arsenal thérapeutique de la dépression (1). Bien que l’efficacité de la luminothérapie dans la dépression saisonnière et non saisonnière soit déjà bien décrite, l’utilisation de celle-ci reste limitée. Cette sous-utilisation de la luminothérapie dans la dépression peut traduire une présomption d’infériorité de celle-ci par rapport aux traitements pharmacologiques. L’originalité de cette méta analyse est de montrer pour la première fois une efficacité comparable de la luminothérapie à celle des médicaments antidépresseurs en tant que traitement de première ligne dans la dépression saisonnière et non saisonnière et à une efficacité supérieure de l’association de la luminothérapie aux antidépresseurs par rapport aux traitement pharmacologique seul. Il s’agit d’une conclusion d’envergure soulignant l’indication de la luminothérapie en tant que traitement de première ligne, toute forme de dépression confondue, seule ou en association au traitement pharmacologique.

Dans le domaine de la pédopsychiatrie, C. Schröder et coll. s’intéressent à l’effet de la mélatonine pédiatrique à libération prolongée sur le comportement de l’enfant avec un trouble du spectre autistique(2). Une étude multicentrique (14 centres aux Etats Unis et 10 en Europe), randomisée en double aveugle a été réalisée chez 125 enfants présentant un trouble du spectre autistique ou un syndrome de Smith Magenis associé à une insomnie chronique ne répondant pas aux mesures comportementales. L’étude conclut à une amélioration significative des troubles du comportement externalisés (hyperactivité, inattention) corrélé à l’augmentation du temps de sommeil continu (57 min vs 3min). Cette amélioration des comportements s’accompagne également d’une amélioration du bien-être des parents. Cette étude montre ainsi un lien de causalité entre sommeil et comportement et souligne la place de la mélatonine dans la prise en charge des enfants présentant un trouble du spectre autistique.

Le deuxième axe est fondamental et s’intéresse à la sensibilité à la lumière de l’homme en regard de ses fonctions non visuelles.

L’équipe lyonnaise A. Prayag et coll. s’interrogent sur la contribution spécifique de chaque photorécepteurs (cônes, bâtonnets et cellules ganglionnaires à mélanopsine) dans la suppression de mélatonine à la lumière (3). A partir de l’analyse d’une large base de données (près de cents sujets âgés de 18 à 30 ans exposés durant 1h30 en milieu de nuit à différentes spectres et intensités de lumière) l’équipe lyonnaise  modélise les courbes dose réponse de la suppression de mélatonine à la lumière en fonction de la sensibilité spectrale propre de chaque photorécepteur. Le modèle qui prédit le mieux la suppression de la mélatonine est l’illuminance mélanopique (sensibilité spectrale des cellules ganglionnaires à mélanopsine) alors que l’illuminance photopique (mesure utilisée en pratique courante pour quantifier l’intensité lumineuse et qui tient compte de la sensibilité spectrale des cônes M et L) était la moins prédictive. Le deuxième résultat notable est une suppression de moitié de la mélatonine à une intensité lumineuse très faible (dès 1,5 mélanopic lux) sous réserve que les sujets avaient eu une dilatation pupillaire par collyre mydriatique et étaient dans l’obscurité les 2 heures préalables à l’exposition lumineuse. Ces résultats remarquables soulignent ainsi la nécessité de prendre compte de la sensibilité spectrale propre de chaque photorécepteur et en particulier des cellules ganglionnaires à mélanopsine lorsque l’on souhaite étudier les effets non visuels de la lumière.

Dans la continuité, l’étude australienne de Phillips et coll. mesure chez 55 sujets sains la sécrétion salivaire de mélatonine dans la soirée (4h précédents et 1h qui suit l’heure de coucher usuelle) dans différentes conditions lumineuses (10 à 2000 lux). Une intensité lumineuse de 25 lux (équivalent 15 mélanopic lux) entraine en moyenne une suppression de moitié de la sécrétion de la mélatonine au sein du groupe avec cependant une très grande variabilité interindividuelle (dès 6 lux pour le sujet le plus sensible et à partir de 350 lux pour le sujet le moins sensible). Cette étude corrobore les données de l’équipe lyonnaise et montre encore une fois que l’environnement lumineux auquel l’être humain est exposé dans la société moderne a un impact sur la sécrétion de la mélatonine avec une importante variabilité interindividuelle, ce qui contribuerait à une plus grande vulnérabilité de certaines personnes à une exposition aberrante (les heures précédant le coucher) à la lumière même à faible intensité.

 

Références : 

1.Geoffroy PA, Schroder CM, Reynaud E, Bourgin P. Efficacy of light therapy versus antidepressant drugs, and of the combination versus monotherapy, in major depressive episodes: A systematic review and meta-analysis. Sleep Med Rev. 2019 Sep 18;48:101213. doi: 10.1016/j.smrv.2019.101213.Review. PubMed PMID: 31600678.

 

2. Schroder CM, Malow BA, Maras A, Melmed RD, Findling RL, Breddy J, Nir T, Shahmoon S, Zisapel N, Gringras P. Pediatric Prolonged-Release Melatonin for Sleep in Children with Autism Spectrum Disorder: Impact on Child Behavior and Caregiver’s Quality of Life. J Autism Dev Disord. 2019 Aug;49(8):3218-3230. doi: 10.1007/s10803-019-04046-5. PubMed PMID: 31079275.

 

3. Prayag AS, Najjar RP, Gronfier C. Melatonin suppression is exquisitely sensitive to light and primarily driven by melanopsin in humans. J Pineal Res.2019 May;66(4):e12562. doi: 10.1111/jpi.12562. Epub 2019 Mar 1. PubMed PMID:30697806.

 

4. Phillips AJK, Vidafar P, Burns AC, McGlashan EM, Anderson C, Rajaratnam SMW,Lockley SW, Cain SW. High sensitivity and interindividual variability in the response of the human circadian system to evening light. Proc Natl Acad Sci U S A. 2019 Jun 11;116(24):12019-12024. doi: 10.1073/pnas.1901824116. Epub 2019 May 28. PubMed PMID: 31138694.

 

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