Stimulation du nerf hypoglosse pour traiter le SAHOS : état des lieux et recommandations

La stimulation du nerf hypoglosse est un traitement alternatif prometteur dans le domaine des apnées obstructives du sommeil. Cette technologie prise en charge et remboursée en France depuis septembre 2024 permet de diminuer significativement l’index apnées-hypopnées (IAH) et d’augmenter la qualité de vie des patients apnéiques. Le Dr Justine Frija, pneumologue à l’Hôpital Bichat, est co-autrice des propositions communes de la SFRMS, SPLF et SFORL à ce sujet. Elle nous explique quelles sont les bonnes indications et les modalités d’organisation des centres implanteurs.

Justine Frija

On estime que 30 à 50% des patients ne portent plus leur appareil de pression positive continue (PPC) au bout de 10 ans. Pour l’orthèse d’avancée mandibulaire (OAM), ce taux s’élève à 10% au bout de 5 ans dans l’étude ORCADES. Ainsi, même si ces deux technologies sont efficaces et bien déployées sur le territoire français, de nombreux patients échappent encore à un traitement bien conduit, faute d’observance. Au cours de la dernière décennie, de nombreuses publications ont vu le jour sur la stimulation du nerf hypoglosse et les résultats sont très encourageants. C’est aujourd’hui un traitement possible, accessible techniquement et remboursé.

Fonctionnement du dispositif

Cette thérapie fonctionne ainsi sur une stimulation du nerf hypoglosse (XIIe nerf crânien), innervant le principal muscle dilatateur des voies aériennes supérieures, le génioglosse. Cette action renforce la protraction de la langue et permet ainsi le maintien du flux d’air pendant le sommeil. La stimulation est couplée au cycle respiratoire pour éviter tout collapsus.

Aujourd’hui, il existe trois systèmes de stimulation reconnus pour le traitement du SAHOS en Europe. En France, seul le dispositif d’Inspire Medical IV est disponible et remboursé à hauteur de 400 appareils par an. Dans ce système, un capteur de pression intercostal est couplé au générateur d’impulsions. Au moment de l’inspiration, une impulsion est envoyée aux fibres protractrices distales du nerf hypoglosse afin d’empêcher la fermeture non désirée des voies aériennes. Les patients éligibles doivent passer une endoscopie sous sommeil induit afin d’éliminer un collapsus complet concentrique (contre-indication par inefficacité du stimulateur), être adultes, avoir un IMC < 32 kg/m2 et un IAH entre 15 et 50/h, et moins de 25% d’événements centraux.

L’implantation est réalisée sous anesthésie générale et la technique chirurgicale a été simplifiée et ne nécessite aujourd’hui que deux incisions. Le système est activé environ un mois après l’implantation et au cours des semaines qui suivent, le patient est invité à activer chaque nuit le stimulateur à l’aide d’une télécommande. L’amplitude est ainsi ajustée progressivement jusqu’à optimiser le confort et l’efficacité subjective. Une fois la technologie fonctionnelle, un rendez-vous de suivi annuel est recommandé, pouvant être complété par une poly(somno)graphie. Le coût de l’opération (incluant le dispositif) revient à un peu plus de 20 000€, à mettre en balance avec le coût du SAHOS non traité et des hospitalisations en résultant.  Le fonctionnement des deux autres dispositifs (LivaNova, Genio), disponibles en Europe mais pas encore en France, est détaillé dans l’article complet.

L’efficacité du dispositif est très encourageante. Une première méta-analyse révèle ainsi que selon les critères d’efficacité de Sher (réduction d’au moins 50% de l’IAH et IAH < 20), le taux de réussite dépasse 93% à 12 mois. Une seconde méta-analyse indique quant à elle que 82% des patients traités présentent un IAH inférieur à 15. Il n’y a en revanche pas de données sur l’évolution de l’architecture du sommeil et des marqueurs de risque cardiovasculaires.

Proposition d’algorithme décisionnel de prise en charge du syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS), intégrant la stimulation de l’hypoglosse. Figure extraite de l’article publié dans Annales françaises d’Oto-rhino-laryngologie et de Pathologie Cervico-faciale

Propositions du groupe de travail

Une proposition d’algorithme décisionnel de prise en charge du SAHOS, intégrant la stimulation de l’hypoglosse, est amenée par les auteurs.

Cette intervention s’inscrit alors comme une solution de troisième recours. Elle est envisagée uniquement pour les patients présentant une intolérance avérée à la pression positive continue (PPC). De plus, son indication nécessite que le traitement par orthèse d’avancée mandibulaire (OAM) ait déjà été écarté, soit en raison d’une inefficacité constatée, soit à cause d’une contre-indication médicale spécifique. En somme, ce dispositif intervient comme une alternative chirurgicale lorsque les traitements de référence ont échoué ou ne peuvent pas être mis en œuvre.

Le groupe de travail a également abouti à un ensemble de prérequis des centres implanteurs, disponibles dans l’article complet. Le caractère multidisciplinaire de l’équipe, réunissant les compétences en ORL et en médecine du sommeil est essentiel. Ainsi, le centre doit être capable de poser le dispositif chez des patients apnéiques, le régler et réaliser les examens de contrôle. Il y avait moins d’une dizaine de centres implanteurs en 2025 mais ce nombre augmente rapidement. La complexité de cette procédure exige un investissement temporel important, excluant toute approche de massification des interventions au détriment de la qualité des soins.

La neurostimulation du nerf hypoglosse s’affirme désormais comme une alternative thérapeutique au sein de l’arsenal de prise en charge du SAHOS chez l’adulte. Bien que son coût initial et son caractère invasif imposent une sélection rigoureuse des candidats et un suivi pluridisciplinaire spécialisé, son récent remboursement en France marque une étape décisive. L’efficacité et la tolérance de cette technologie sont aujourd’hui solidement documentées et les données continuent d’affluer, notamment grâce au registre ADHERE suivant les patients implantés avec le dispositif de la société Inspire.

Toutefois, le paysage de la neurostimulation est en plein essor : l’arrivée probable de nouveaux dispositifs sur le marché français devrait stimuler l’innovation et potentiellement favoriser une baisse des coûts. Les évolutions, portées par l’amélioration de la longévité des batteries et l’intégration de l’intelligence artificielle pour une stimulation personnalisée, visent à transformer ce traitement en une solution de précision. In fine, l’enjeu sera de garantir une accessibilité accrue tout en maintenant un suivi polysomnographique et clinique rigoureux, gage d’une observance et d’une qualité de vie optimales pour les patients en échec de traitement conventionnel.

Frija J, Béquignon E, Laccourreye L, Atallah I, Gagnadoux F, Tamisier R. Stimulation du nerf hypoglosse dans le traitement de l’apnée obstructive du sommeil : état des lieux en France et proposition du groupe de travail SFRMS, SPLF, SFORL en médecine du sommeil. Annales Françaises d’Oto-Rhino-Laryngologie et de Pathologie Cervico-Faciale. 2026, 143: 43–53.