Agréments SFRMS – Le Centre Sommeil de La Chartreuse décroche le niveau 2

Le Centre d’exploration du sommeil du Centre Hospitalier La Chartreuse, à Dijon, a obtenu le renouvellement de son accréditation par la SFRMS fin 2025. En décrochant le niveau 2, cette structure confirme sa capacité à prendre en charge l’ensemble des pathologies du sommeil. Sa principale spécificité réside dans son implantation : le CH La Chartreuse est un hôpital psychiatrique. Bien qu’un tel ancrage soit atypique pour un centre du sommeil, il constitue en réalité une force majeure en associant l’expertise en santé mentale aux explorations objectives des neurosciences. La SFRMS a rencontré le Dr Clément Guillet, psychiatre, médecin du sommeil et responsable de la structure.
Repères historiques : du premier lit au centre moderne

L’histoire du centre débute véritablement en 1988 sous l’impulsion du Dr Didi Roy, neuropsychiatre. Constatant la baisse d’activité des examens EEG classiques de l’hôpital psychiatrique, il décide de transformer cette unité en laboratoire du sommeil. Rejoint par un confrère psychiatre, le Dr Girod, ils ouvrent dès 1990 un premier lit dédié au sommeil. Grâce à ces deux médecins diplômés du DIU « le sommeil et sa pathologie », l’unité décroche son premier agrément SFRMS en 1997.

Le laboratoire se développe ensuite régulièrement : passage à deux lits informatisés avec vidéos nocturnes dans les années 2000, puis intégration de l’actimétrie et de la polygraphie ventilatoire en 2010. En 2016, l’activité bascule sous le statut de service de médecine (MCO) avec un financement à l’activité. À la suite des départs en retraite des fondateurs, le Dr Clément Guillet reprend la chefferie de service en 2018 et coordonne l’ouverture d’une troisième chambre d’enregistrement en 2021.

La psychiatrie et le sommeil : une interconnexion clinique

L’intégration du laboratoire au sein même de l’hôpital psychiatrique favorise un diagnostic différentiel précis, les troubles du sommeil et les pathologies psychiques étant intimement intriqués. Cette double culture médicale permet d’ajuster des diagnostics complexes : des symptômes initialement pris pour une psychose s’avèrent parfois être une narcolepsie, et des suspicions de terreurs nocturnes se révèlent être des épilepsies morphéniques.

Ce plateau technique offre également un accès crucial aux examens objectifs pour des patients psychiatriques hospitalisés ou suivis au long cours, chez qui le dépistage reste parfois difficile en dehors d’une structure spécialisée. L’équipe évalue de près la iatrogénie et l’impact des traitements, notamment le dépistage du syndrome d’apnées du sommeil chez les patients sous neuroleptiques (pouvant induire un syndrome métabolique), sous benzodiazépines ou sous méthadone.

Cette activité a fait rayonner la médecine du sommeil auprès de l’ensemble des psychiatres de l’établissement. Les praticiens ont appris à interroger la clinique autrement, en pensant par exemple à un trouble respiratoire du sommeil face à une dépression résistante. Le Dr Guillet précise : « Quand on passe du côté du sommeil, on apprend à déprescrire. En psychiatrie, quand un patient dort mal, on a tendance à ajouter une thérapeutique. Ici, on apprend à se questionner sur la iatrogénie et à pratiquer différemment. C’est ce que j’essaie de transmettre. »

Une équipe pluridisciplinaire et un plateau technique diversifié

Pour faire fonctionner ce service, le Dr Guillet s’est entouré d’une équipe transdisciplinaire connectée au CHU de Dijon. Elle réunit le Dr Ahmed Hussami (neurologue), le Dr Dédrie Zettor (psychiatre) et le Dr Jade Chorvoz (pneumologue). Des réunions de concertation pluridisciplinaire régulières permettent de croiser les regards sur les cas complexes, chacun amenant sa pierre à l’édifice selon sa spécialité.

Pour mener à bien ses missions, l’équipe s’appuie sur un plateau technique complet et moderne. Le centre dispose de trois chambres d’enregistrement équipées pour la polysomnographie nocturne, d’un système de vidéos nocturnes et de polygraphes informatisés. Il utilise également des dispositifs d’actimétrie, des appareils de polygraphie ventilatoire nocturne, ainsi qu’un matériel d’EEG. Ce matériel permet de réaliser l’ensemble des examens requis, des enregistrements de nuit classiques aux tests de jour comme les tests de maintien d’éveil (TME) — le centre étant le seul à les proposer dans la région pour la médecine du travail — et les tests itératifs de latence d’endormissement (TILE). Des lampes de luminothérapie complètent ces outils pour la resynchronisation des rythmes et la prise en charge des syndromes dépressifs.

Le personnel paramédical comprend cinq infirmiers formés aux techniques du sommeil (dont un titulaire du DU technique et un second en cours de formation). Le service dispose aussi d’un temps de psychologue clinicienne formée aux thérapies cognitivo-comportementales (TCC), un apport précieux pour la prise en charge de l’insomnie.

Le centre soigne son ouverture vers l’extérieur. La grande majorité de la patientèle (70 à 80 %) provient de la médecine générale pour des bilans classiques sans lien avec la psychiatrie, tandis que 20 à 30 % des examens concernent les patients du centre hospitalier de La Chartreuse. Le service accueille les personnes à partir de 13 ans.

Formation, recherche et perspectives

Le centre participe activement à la formation médicale régionale. Il accueille des internes en stage ainsi que des médecins psychiatres venus se spécialiser pendant un semestre de FST en médecine du sommeil. Sur le plan de la recherche, l’activité reste essentiellement axée sur la clinique, mais le centre a déjà publié des études originales sur les liens entre méthadone et apnée du sommeil en lien avec la cohorte d’addictologie du Centre hospitalier la Chartreuse, une dynamique scientifique que l’équipe a à cœur de poursuivre. L’équipe s’investit également dans la sensibilisation du grand public lors de la Journée du Sommeil ou via des interventions auprès d’associations de patients insuffisants respiratoires.

Grâce à ce nouvel agrément de niveau 2, soutenu par la direction de l’établissement, le centre valide la qualité de ses pratiques professionnelles et prépare ses futurs projets. L’équipe travaille notamment au développement des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) en groupe pour l’insomnie et mène une analyse médico-économique en vue de l’ouverture potentielle d’une quatrième chambre d’enregistrement.