L’Unité d’étude du sommeil et de la respiration de l’Hôpital Robert Schuman (Metz) vient de recevoir l’agrément de niveau 2 de la SFRMS, témoignant de la qualité de ses soins. Porté par une vision transversale de la médecine du sommeil, ce centre s’impose comme un acteur clé de la prise en charge des pathologies du sommeil en Moselle. Le Dr Christelle Badet, gériatre, spécialiste des maladies de la mémoire et médecin du sommeil, revient sur l’évolution d’une structure qui allie technicité et approche humaine.
Une structuration autour du sommeil progressive, ancrée dans l’histoire hospitalière messine
L’histoire de la médecine du sommeil à Metz prend racine dans les années 90 à l’hôpital Belle-Isle, sous l’impulsion d’un pneumologue qui avait alors installé deux lits de polysomnographie dédiés au syndrome d’apnées du sommeil. Le tournant majeur s’opère en 2013 avec la construction de l’hôpital Robert Schuman en banlieue de ville. Là, ces activités liées au sommeil sont intégrées au service de chirurgie thoracique et pneumologie. Toutefois, il faut attendre septembre 2022 pour que la filière “Sommeil” soit officiellement créée en tant qu’unité autonome.
Cette impulsion de structuration est le fruit d’une collaboration entre le Dr Christelle Badet et le Dr Magalie Mercy, pneumologue. Rapidement, l’unité s’équipe de nouveaux lits et en dispose aujourd’hui de neuf, dont huit sont utilisés en routine et un neuvième réservé aux urgences ou aux tests de maintien de l’éveil (TME). Si le centre s’est stabilisé sur le site de Robert Schuman, une seconde unité a récemment ouvert ses portes au centre-ville de Metz, à l’hôpital Belle-Isle, pour répondre à une demande croissante, bien que cette dernière ne soit pas encore incluse dans le périmètre de l’accréditation actuelle.
Un carrefour de spécialités médicales
La force de l’unité réside dans sa capacité à traiter l’ensemble des pathologies du sommeil grâce à un réseau interne particulièrement dense. Bien que située physiquement au-dessus du service de pneumologie, l’unité collabore étroitement avec l’ORL, la chirurgie bariatrique, l’endocrinologie, la diabétologie et le service consacré à la dialyse. Cette proximité favorise une prise en charge globale : tandis que la filière pneumologique gère le syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAHOS) pur, le Dr Badet et son équipe se concentrent sur les cas complexes avec comorbidités, les insomnies et les hypersomnies.
Le profil de gériatre et spécialistes des maladies de la mémoire du Dr Badet oriente naturellement une partie de l’activité vers les troubles neurocognitifs. Le centre reçoit ainsi de nombreux patients adressés pour des troubles du comportement en sommeil paradoxal (TCSP), souvent en lien avec des consultations mémoire de territoire. L’expertise du centre est également reconnue en ville, puisque les médecins libéraux y orientent systématiquement les suspicions d’hypersomnies. Cette pluridisciplinarité est renforcée par la présence de psychiatres spécialisés, à l’image du Dr Grégory Gross, qui intervient sur les thérapies comportementales et cognitives (TCC) de l’insomnie et les thérapies par réécriture d’images mentales (RIM) pour les cauchemars.
Recherche, formation et outils thérapeutiques innovants
L’activité de l’unité ne se limite pas aux soins cliniques. Grâce au département de recherche clinique du groupe hospitalier auquel appartient le centre, l’unité participe activement à des protocoles de recherche internationaux. Actuellement, deux études sont marquantes : l’une portant sur le daridorexant dans le cadre de l’insomnie, et l’autre, le projet concerne la somnolence résiduelle chez les patients sous PPC. Comme le souligne le Dr Badet, le centre reste ouvert à de nouvelles opportunités de recherche pour faire progresser les pratiques.
La transmission des savoirs constitue un autre pilier de la structure. L’unité accueille un interne ainsi que des étudiants en Formation Spécialisée Transversale (FST) Sommeil. Au-delà de la formation médicale, une attention particulière est portée à l’éducation des patients. Un travail original a été mené par un stagiaire ingénieur en santé, Mathias Roehm, pour élaborer des fiches d’activité physique adaptée (APA) spécifiques à chaque pathologie (insomnie, hypersomnie, SAHOS, …). Ces supports permettent de sensibiliser les patients à l’impact du mouvement sur la qualité de leur repos dès leur sortie d’hospitalisation.
Repenser l’environnement de soin
L’avenir du centre s’inscrit dans une volonté d’humanisation et de modernisation technique. Parmi les projets phares figure la création des « Rêveries de Schuman », un espace bien-être conçu pour favoriser l’endormissement en milieu hospitalier. L’idée est de s’éloigner de l’aspect purement clinique de la chambre d’hôpital pour proposer un cadre apaisant, propice à la réalisation des polysomnographies. Ce projet s’accompagne d’une volonté de formaliser des ateliers d’éducation thérapeutique sur l’hygiène de sommeil.
Afin de familiariser les patients à l’environnement d’un centre du sommeil et au déroulé d’une polysomnographie, des vidéos didactiques ont déjà été publiées par le Centre.
Sur le plan technique, l’horizon 2027 verra le développement de nouvelles solutions pour le traitement du SAHOS avec l’arrivée d’un chirurgien ORL spécialisé, le Dr Lucas Ancel. Ce dernier mettra en place la neurostimulation du nerf hypoglosse (nerf XII) et les endoscopies en sommeil induit. Par ailleurs, le Dr Badet anticipe déjà l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus de diagnostic, consciente que ces outils modifieront durablement la pratique de la médecine du sommeil.
L’agrément SFRMS : la reconnaissance d’un engagement collectif
L’obtention de l’agrément de niveau 2 par la SFRMS représente bien plus qu’une simple certification administrative pour l’équipe messine. Après une première tentative jugée précoce, le centre a su s’adapter, notamment en formant une infirmière technicienne du sommeil et en stabilisant ses procédures de nuit. Pour le Dr Badet, cette démarche d’accréditation était essentielle dès la création de la filière.
« C’était un objectif parce que j’ai besoin que mon engagement soit conforme à ce que les sociétés scientifiques recommandent. Je ne me voyais pas créer une filière sans avoir une reconnaissance de mes pairs » déclare-t’elle.
Cette réussite est avant tout celle d’un collectif. Elle valorise le travail des médecins, des techniciens, des infirmiers et de l’encadrement qui œuvrent quotidiennement dans une unité dont l’architecture même a été pensée pour l’accueil et la pluridisciplinarité. Pour le Dr Badet, la médecine du sommeil est, à l’instar de la médecine de la mémoire, une discipline « merveilleuse » car elle réunit des horizons médicaux opposés autour d’un même objet d’étude : le cerveau, dans sa continuité entre le jour et la nuit. Cet agrément confirme ainsi la place de l’Hôpital Robert Schuman comme un pôle d’excellence du sommeil dans la région Grand Est.